Cérémonie en l’honneur des étudiants déportés et résistants de l’Ecole d’Electricité et de Mécanique Indusrielle

Le 14 juin 2019, à l’Ecole Jeannine Manuel, à Paris, s’est tenue une cérémonie de dévoilement d’une plaque commémorative à la mémoire des élèves résistants et des élèves déportés de l’Ecole d’Electricité et de Mécanique Industrielle, dite « Ecole Violet », située autrefois à la même adresse. Bernard Lacroix, L’Oublié de Dora, était l’un d’eux. Merci à Axel Delmas et William Boucher pour la préparation de cette cérémonie et pour le projet qu’ils ont conduit pour le Concours national de la Résistance et de la Déportation.

A cette occasion, David Clair a prononcé un discours pour évoquer la mémoire de Bernard Lacroix.

Mesdames, Messieurs,

Je tiens tout d’abord à remercier Axel Delmas et William Boucher, ainsi que l’Ecole Jeanine Manuel : D’une part, pour l’initiative de cette cérémonie de dévoilement d’une plaque à la mémoire des élèves résistants et des élèves déportés de l’Ecole Violet ; Mais aussi pour leur projet et leur participation au concours national de la Résistance et de la déportation ; Enfin, pour m’avoir invité à venir évoquer l’histoire et la mémoire de l’un d’entre eux : Bernard Lacroix.

Bernard Lacroix était un étudiant de l’Ecole Violet entre 1940 et 1943. Il était originaire de Bray sur Seine, une petite ville de Seine-et-Marne.

En février 1943, appelé au Service du Travail Obligatoire en Allemagne, il choisit d’être réfractaire et fuit dans le sud de la France avec le projet de passer la frontière espagnole pour rejoindre les Forces Françaises Libres du général de Gaulle en Afrique du Nord.

Parti avec un ami, il est arrêté par une patrouille allemande à quelques centaines de mètres de la frontière, puis torturé à Bagnères de Luchon et transféré à la Prison Saint Michel de Toulouse et au camp de Royallieu de Compiègne, ce camp où les Allemands internaient les hommes qu’ils jugeaient dangereux.

Royallieu, c’était l’antichambre de la déportation vers les camps situés en Allemagne. Le 25 juin 1943, Bernard Lacroix fait partie du 1er convoi de Français (1000 hommes) envoyé à Buchenwald. Peu après son arrivée, il est sélectionné pour être transféré au centre de Peenemünde sur la mer Baltique, le centre d’essai des fusées V2. Mais le site est rapidement bombardé par les Anglais et Hitler décide de déplacer le centre, et les prisonniers, dans un site souterrain situé en Thuringe : le camp de DORA.

DORA, c’était l’enfer sous terre, un camp où l’on ne voyait pas le jour, un camp où les prisonniers étaient réduits à l’état d’esclavage, un camp où l’on mourait en masse, par les mauvais traitements ou les exécutions sommaires, un camp où l’on côtoyait au quotidien les cadavres entassés dans les couloirs.

Bernard parvient à survivre dans ces conditions pendant un an et demi.

Début avril 1945, devant l’arrivée des Américains à l’ouest et des Soviétiques à l’est, les Allemands évacuent les camps et les prisonniers se retrouvent à marcher sur les routes d’Allemagne sous la surveillance des SS. Ce sont les « marches de la mort », qui conduiront Bernard Lacroix, jusqu’à sa mort, le 12 ou le 13 avril 1945 à Gardelegen ou dans un village voisin, car une incertitude subsiste encore sur ce point précis.

Je ne serai pas plus long. Au-delà de ces faits, je crois qu’il faut souligner ce qui nous rassemble au jourd’hui, c’est-à-dire la volonté de perpétuer la mémoire de ces étudiants, qui, pendant les heures noires de la France, ont accepté de souffrir ou de donner leur vie par conviction et par adhésion à des valeurs d’humanisme et de liberté.

Il est singulier que, 75 ans après, nous considérons toujours comme importants ces engagements individuels, tant ils sont porteurs de sens et tant ils nous obligent.

Je vous remercie pour votre attention.